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Le syndrome de la cabane, série de photographies argentiques, 2020.
Les veines de Loren, photographie argentique, 2020.

Le shibari est une technique de torture japonaise, il a été ensuite détourné et a été utilisé à des fins érotiques; on l’appelle également, dans ce cas, Kinbaku. Rattaché au BDSM, l’iconographie de cette pratique est hyper ri- tualisée et saturée. Cette série de photos, née du le confinement, met en tension sujet et objet, espace domestique et territoire. En partant des photos d’Ervin Wurm, et de ses One Minute Sculpture, j’ai voulu dédramatiser cette pratique (dans tous les sens du terme, y compris étymologique : arrêter l’action, le drame) dans un mouvement de déconstruction. En confrontant mon quotidien, ma famille et notre espace domestique, j’ai tenté de faire apparaître l’intimité platonique dans sa dimension tactile et charnelle. Sans pour autant s’ex- clure, l’érotique du shibari et la banalité du quotidien se figent mutuellement, nous permettant d’envisager ces corps immobilisés dans toute leur sculpturalité, qui pourtant résistent à la réification. Les corps s’inscrivent dans la continuité de l’espace, sortes d’incarnation des hétérotopies pensées par Foucault.

Dès lors, le rapport au quotidien apparaît ambigü (dans le même mouvement, Jeff Wall travaille également sur cette ambiguïté) : les cordes excluent la possibilité de spontanéité, ainsi que la possibilité d’une scène qui dure dans le temps puisque les cordes coupent la circulation sanguine et que l’inconfort se fait rapidement sentir. L’intimité se dévoile dans une version recomposée, une narration qui se fige elle-même et ne s’en cache pas. Les cordes agissent comme transition entre la réalité brute et la fiction plastique, à la manière d’un socle. S’ajoute enfin à cela la dimension sociale : les corps encordés, habituellement pris dans des rapports de forces et de pouvoir, s’offrent encordés et désarmés. Cette série veut rendre la chair de ceux qu’on a oublié, offrir un refuge, une pause dans la lutte.

La douleur permet de faire le deuil du sens et confère à ces scènes tour à tour un sentiment d’inquiétante étrangeté, de gaieté burlesque ou de beauté blessante.

Le frigo, photographie argentique, 2020.
La danse de Salomé, photographie argentique, 2020.
Un arbrisseau monte de la bouche de Rafael, photographie argentique, 2020.