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Coopter : verbe transitif. Action consistant à recruter au sein d'une assemblée, qui désigne d'elle-même les membres qui la constituent.

Comme le dit Michel de Certeau dans L’invention du quotidien, il faut « travailler avec ce que l’on montre, sans pouvoir le dire ». Retrouver la prose du monde, penser le quotidien depuis le quotidien et non pas depuis un lieu propre théorique.

Née en 2000 et vivant à Paris, Zoé Bernardi utilise son corps et sa vie comme outil pour appréhender l'autre. À la manière d'une antenne vivante, elle se fait réceptacle des expériences que les gens lui offrent, tout en tentant de leur conférer une forme ; comme le dit le metteur en scène Pippo Delbono, « Tout entre en moi, tout me perfore ».

En utilisant la narration comme potentiel de fiction sans jamais y succomber complètement, Zoé Bernardi donne à voir un univers éventré, dont l’intimité se livre naturellement par le biais de la caméra. La question du don de soi et de ses limites est centrale dans son oeuvre, questionnant ainsi le glissement de la vie publique à la vie intime, de la maîtrise à la perte de contrôle, de la délégation de l’image, puisant ses sujets dans sa famille, les sexualités qu’elle rencontre, l’éthique qui la guide et la questionne, navigant tour à tour entre Rineke Djisktra, Nan Goldin, Raymond Depardon, Eric Rondepierre, Nobuyoshi Araki ou encore Jonas Mekas… En s’intéressant au corps et les enjeux qui gravitent autour de lui, des stratégies de déconstruction sont adoptées, du geste en passant par la danse et le Shibari… Le protocole permet de garder l’exigence de ce dont on parle mais non la maîtrise.

S’il est communément admis que la photo est lutte, perdue d’avance contre l’oubli, c’est de l’avenir Zoé Bernardi veut parler. De la prise de vue, à son développement jusqu’au tirage, la production d’image relève presque du rituel, pour protéger et se protéger. Faire confiance en l’image, la confier comme offrande à ses sujets l’amène à se retrouver fréquemment nue, à performer, dessiner, photographier ou filmer de parfaits inconnus ou son cercle le plus viscéralement proche, à modeler leur intimité brûlante, qu'elle traite de la maladie, du sexe, du courage ou de la lâcheté, du succès ou de l’échec. L’enjeu fondamental est de comprendre l’autre, l’altérité, l’arracher aux rapports de force pour opérer la rencontre. En se confrontant à l'autre, elle tente d’engager une relation au-delà du verbe, une relation politique, artistique et humaine.

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Portrait photo de Zoé Bernardi
Crédit photographie Patrick Cockpit.